Une amie avait sauvé du pilon de son IUFM une quantité de petits livres des Éditions ouvrières. Elle m'avait donné ces livres rescapés. C'était il y a longtemps. Mon amie, c'est Domi, elle fait des choses magnifiques, aussi, des livres, elle est poète du papier.
Et ce matin, grâce à ce cadeau inespéré d'au moins vingt ans d'âge, je furète dans Le cheval applaudit, poèmes pour les enfants, d'Alain Bosquet, paru aux éditions ouvrières en 1980.
Butinerie du jour :
savez-vous par exemple ce que vaut une chanson ?
"l'oubli sur une lèvre,
le rossignol qui soigne mal son rhume,
le toit trop bleu
et les deux tiers de la cascade."
Extrait du poème Le prix d'une chanson
"Mes doutes,
c'est toujours des girafes
qui ont perdu leur cou
à brouter les comètes amères."
Extrait du poème Certitudes.
Solitude
Il parlait aux volcans
et s'entendait avec les fleuves.
Le soir, il tutoyait les astres malheureux.
Il signait des traités :
girafes par ci,
vautours par là.
Il écoutait les condoléances du caillou,
et partageait ses souvenirs
avec tant d'horizons déçus !
A force de comprendre
l'azur et la planète,
il s'éloignait de ses semblables.
Hommes très droits, hommes très justes,
apprenez-lui
à être moins seul.
Alain Bosquet, poète écrivain du XXe siècle.